Suite à des échanges que nous avons eus avec des femmes atteintes du cancer du sein, nous avons pris conscience qu’il existait une pression à bien vivre son cancer! Mais qu’elle est-elle exactement et pourquoi? 

Nous vous conseillons aussi notre article sur les tabous du cancer du sein qui complète bien cet article. 

Le cancer du sein …. Faciiilllle!

Les femmes ayant un cancer du sein ressentent parfois une illégitimité envers leurs sentiments négatifs dû au fait que cette maladie est perçue comme un cancer facile. Souvent, les proches se voulant rassurants, réduisent le cancer du sein à une petite maladie telle que la grippe (oui oui, vous avez bien lu). Les malades/patients ont même parfois l’impression qu’ils n’ont pas à se plaindre. 

On a d’ailleurs écrit un article sur la maladresse de certaines personnes qui peuvent blesser

Même si aujourd’hui le cancer du sein se soigne bien, la longueur des traitements, les effets secondaires de ceux-ci et le stress qu’une telle maladie engendre ne rendent pas le cancer du sein “facile”. D’ailleurs, qui est-on pour oser dire que tel ou tel cancer est plus facile à gérer? Moins grave ou moins important?

““Cancer du sein… Ah ça n’est rien, ça se soigne bien”… C’est devenu une maladie comme la gripette aux yeux des gens. Alors difficile de parler des effets secondaires de l’hormonothérapie, de la prise de poids, de la fatigue, etc” (Témoignage anonyme)

Rendons la légitimé aux femmes qui traversent la maladie! Vous avez le droit d’avoir peur, d’avoir mal et d’être mal. Et surtout, vous avez le droit d’en parler. 

Sois positif! La guérison, c’est dans la tête que ça se passe    

La majorité des personnes diagnostiquées du cancer ont certainement déjà entendu cette phrase. Une phrase qui peut culpabiliser les malades lors de leurs mauvais jours voir même les forcer à être tout le temps positif et ne pas pouvoir relâcher tout ce qui doit-être relâché. Avoir un bon moral sert peut-être à “ mieux vivre” son cancer mais rien n’a prouvé (jusqu’ici) que cela permet réellement plus de chances de guérison. Tout ne se joue pas dans la tête.

Au contraire, certaines études montrent que trop pousser les patients à être optimistes pourrait les amener à enfouir leur détresse et ferait pression sur eux. En continuant à propager de tels propos, nous rendons les patients responsables, en partie, de l’évolution de leur maladie. Cela pourrait culpabiliser ceux qui, malgré leurs efforts pour être positifs, ne parviendraient pas à guérir ou à voir des résultats positifs. 

Valérie Sugg explique que « On leur [aux patients] dit encore souvent que pour vaincre le cancer il faut être fort, combatif, ultra positif. Mais on ne fait que tricher par rapport à soi-même car c’est normal d’être triste et de trouver ça difficile quand on traverse une telle épreuve. Il faut absolument que notre société accepte d’entendre que les gens puissent exprimer ces choses difficiles. » 

“Le cancer à changer ma vie” : source de pression 

En tant que blogueuses, nous aimons relayer les histoires de personnes ayant traversé le cancer. Celles qui nous donnent du baume au cœur. L’histoire de ces femmes (nous n’avons pas encore eu de témoignage d’hommes jusqu’à maintenant) qui, après avoir vaincu la maladie, ont compris ce qui était réellement important. Pour nous, cela donne un certain sens à quelque chose qui n’en a pas : le cancer. Parce qu’au fond, on ne tombe pas malade pour une bonne raison. Les personnes les plus gentilles ne sont pas immunisées contre la maladie, ce n’est donc pas non plus une histoire de Karma. On tombe malade comme ça, sans raison explicative. On peut alors se demander: pourquoi nous? 

La révélation qu’ont ces femmes après leur cancer est la seule explication envisageable. C’est pour cette raison que ces témoignages touchants nous rassurent. Et pourtant, en discutant avec des femmes atteintes du cancer, nous avons été surprises d’apprendre que ces témoignages peuvent aussi faire pression. Les médias raffolent des belles histoires et les relaient donc beaucoup plus que celles qui sont moins ”joviales”. On en vient à penser que, fatalement, le cancer changera positivement la vie de ceux touchés par la maladie. Il est évidemment possible d’en retirer des leçons positives, mais il est tout aussi important de ne pas romancer l’après du cancer du sein. 

« Le cancer, ça a changé ma vie! » La super phrase relayée par bon nombres d’articles, reportages etc. Du coup tout le monde te répètes la même chose, le fameux « mais tu verras, tu y trouveras du sens ». Ben voyons (Témoignage anonyme)

Nous n’allons pas vous mentir, nous adorons toujours ces histoires car elles nous rappellent que tout est possible et qu’il faut aimer la vie. Mais nous comprenons aussi que cela peut parfois devenir source de pression. Nous comprenons qu’entendre à tout bout de champ : “Non, mais t’inquiète pas, bientôt tu verras un sens à tout ça” agace. Et si il n’y avait pas de sens? Et si nous n’avions tout simplement pas besoin d’y trouver un sens?

Une pression qui  oblige, en quelque sorte, à devoir bien vivre le cancer. Après tout, une fois que les traitements seront finis, “notre vie sera encore plus belle”. 

Les médias n’aident pas. Combien de reportages/témoignages n’évoquent le cancer que comme quelque chose de quasiment positif. Limite on se sent comme une merde de pas être comme ça et on se démène, quitte a « mentir » pour coller a ça. (Témoignage anonyme) 

Il est important alors de rappeler que chacun.e vit son cancer comme il le peut et à sa manière, qu’il vaut mieux véritablement embrasser les émotions que nous ressentons que s’obliger à rester positif coûte que coûte. Finalement, le cancer n’a pas forcément un sens.

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