Seins, nichons, tétons… ces mots sont habituellement associés aux femmes. Les termes « cancer du sein » et « mammographies » le sont également. Biologiquement, pourtant, tout le monde a des seins. Oui, si vous en doutiez, les hommes ont, eux aussi, des tissus mammaires. 

Les derniers chiffres de la Fondation Registre du Cancer recensent 11.009 Belges diagnostiqués d’un cancer du sein en 2018, dont 104 sont des hommes. Bien qu’environ 1% seulement de tous les cancers du sein affecte les hommes, ce pourcentage est bien présent. Or, c’est là tout le problème de cette maladie « typique » de la gent féminine: une maladie peu connue des hommes (et pas que), provoquant un retard de prise en charge pouvant être considérable. Parce qu’ils ne savent pas qu’ils peuvent contracter cette maladie, ils sont également moins susceptibles de sonner l’alarme s’ils ressentent une bosse ou une anomalie dans leur sein. En conséquence, ils ont tendance à être diagnostiqués à un stade plus avancé que les femmes.

Pourquoi un tel manque de sensibilisation?

Le cancer du sein chez l’homme étant plus rare, il y a moins de recherches, de littératures empiriques et moins de patients étudiés par les chercheurs. La plupart des informations éducatives ainsi que certaines campagnes sur la maladie sont donc destinées aux femmes. 

Un article publié en 2018 dans l’American Journal of Men’s Health a exposé les résultats d’une étude menée à Toronto (Canada) sur la manière dont les hommes ressentent leur corps et leur identité avec une mutation du gène BRCA (Breast cancer, en anglais. Selon le CHU de Liège, le gène BRCA est un « gène intervenant dans la réparation de l’ADN. Il existe deux gènes distincts: BRCA1 et BRCA2. Une anomalie génétique ou mutation du gène BRCA2 est associée à un risque élevé de développer un cancer. C’est ce qu’on appelle une prédisposition génétique »). Ces résultats ont mis en lumière un aspect intéressant du manque de sensibilisation: un lien entre seins et masculinité. 

Une quinzaine de participants, de sexe masculin, âgés de 40 à 76 ans (avec un âge moyen de 55 ans) ont été interrogés à propos du langage spécifique au sexe pour décrire leurs seins, la conscience de la façon dont leur corps a changé au fil du temps et les expériences de mammographie. Selon les critères de sélection, ces personnes avaient également une mutation du gène BRCA1 ou BRCA2 pathogène, n’avaient pas de diagnostic de cancer en cours et avaient effectué une ou plusieurs mammographies.

Il en ressort que la plupart d’entre eux ont utilisé un langage spécifique au genre pour parler de leur corps. Par exemple, ils considéraient que les « poitrines » font partie de leur essence physique, tandis que les « seins » sont perçus comme une partie du corps de la femme. Cela s’explique notamment par les idéologies normatives, la pression et les idéaux sociétaux. De plus, les participants ont déclaré avoir la crainte qu’un tel diagnostic ne puisse avoir un impact négatif sur leur sentiment de masculinité. Ceux ayant des antécédents de cancer du sein ont exprimé avoir dissimulé l’information pour éviter une stigmatisation. À l’inverse, d’autres hommes l’ont considéré comme une opportunité de résister aux normes sociales.

En ce qui concerne les mammographies pour le dépistage du cancer, le passage de cet examen reste également un tabou. D’après certains participants, cela aurait même un impact sur la vision traditionnelle que l’on a de la masculinité. 

De l’importance de la sensibilisation et de l’éradication des stéréotypes…

Bien que l’on soit loin du compte, la société actuelle tend peu à peu à éradiquer les stéréotypes liés aux genres (les rôles déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés). Ces représentations insidieuses renforcent malheureusement les inégalités en enfermant femmes et hommes dans des rôles restreints. Dans le cadre du cancer du sein, cela peut même s’avérer dangereux. Nous espérons que, tout comme le monde dans lequel nous vivons évolue, la conscience liée à cette problématique évolue également.

Les défenseurs de la cause font un excellent travail pour sensibiliser la population au cancer du sein chez les femmes. Mais il est tout aussi important de parler ouvertement du problème chez les hommes pour éradiquer le tabou qui s’est développé autour de cette maladie, qui n’est pas qu’un « problème féminin ». L’éducation et la sensibilisation sont la clé pour réduire les stigmatisations et encourager une détection précoce, qui conduira à des taux de survie plus élevés chez les hommes. 

Sources:

https://breastcancernow.org/about-us/news-personal-stories/breast-cancer-not-just-female-disease
https://www.think-pink.be/fr/Actualit%C3%A9/Article/Id/558/Le-cancer-du-sein-chez-les-hommeshttps://kankerregister.org/media/docs/SKRstats/2017/2017-M-BEL-Abs.pdf
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6131433/
https://www.cancer.be/les-cancers/types-de-cancers/cancer-du-sein-chez-lhomme
https://www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Les-cancers/Cancer-du-sein/Cancer-du-sein-chez-l-homme
https://www.chuliege.be/upload/docs/application/pdf/2017-12/brca2_-_z4931-0915.pdf#:~:text=La%20mutation%20BRCA2%20est%20une,risque%20d’en%20avoir%20h%C3%A9rit%C3%A9.

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