Cancer. Un mot, qui, selon les individus qui le prononcent, prend tout son sens ou alors se fond dans la banalité. Une banalité qui peut parfois être blessante.

Au fil des années, le mot « cancer » est presque devenu banal à mes oreilles. En fait, je dirais plutôt que je l’ai apprivoisé. Parce que le temps n’enlève pas la douleur, il l’apaise. Les souvenirs, eux, restent.

Des remarques que je ne saurais plus entendre 

Depuis toutes ces années, j’ai pu comptabiliser un certain nombre de remarques blessantes. Je me souviens de chacune d’entre elles. Encore plus aujourd’hui, étant davantage concernée.

Il y en a eu des vertes et des pas mûres : « Oui mais bon, le cancer du sein est le cancer le plus répandu, c’est un cancer qui se soigne facilement », « La technologie fait des miracles de nos jours, tu ne dois pas t’inquiéter ! », « Dans notre famille, heureusement nous n’avons pas de cas de cancer du sein », « Tu sais, au Canada, toutes les femmes font les tests génétiques, alors pourquoi se mettre dans des états pareils? ». En parlant de tel ou tel sujet : « C’est pire que le cancer ça ! ». La pire de toutes: « De toute façon, on va tous finir par avoir un cancer un jour ». La liste pourrait être encore plus longue si l’on y ajoutait les « Au moins, l’opération te permettra d’avoir des nénés gratos » ou encore « Les cheveux ça repousse vite ».

Le summum est probablement l’hypocrisie sur internet. Quelle n’a pas été ma déception lorsqu’une connaissance a, un jour, posté une photo après avoir donné ses cheveux à une association et l’a accompagnée du commentaire “il faut quand même avoir du courage” [pour se couper les cheveux de 20 cm]… 

Certains de ces commentaires sont totalement déplacés, d’autres sont juste empreints de maladresse. Mais la maladresse, elle aussi, blesse. Les gens font des commentaires généralement bien intentionnés, mais qui laissent transpirer l’inconfort et la peur. 

Mes seins à moi

Pour moi, ce ne sont pas “que” des seins. Evidemment, ces derniers ne sont pas indispensables à la survie d’un individu. D’ailleurs, ça a toujours été une histoire d’amour compliquée entre mes seins et moi. Il y a des jours où je les aime et où je ressens l’envie de les “exposer” (après tout, tout ce qui est petit est mignon), d’autres où je les déteste et où j’ai envie de les cacher sous un gros pull.  Les accepter est un défi (qui ne devrait pas avoir lieu d’être) de tous les jours. Mais malgré les nombreuses injonctions régissant notre société, malgré le fait que ces seins ne me plaisent pas toujours, ils font partie de moi. En conséquence, minimiser une mastectomie en soutenant “que ce ne sont que des seins” implique un jugement. 

Chacun sa réaction face au cancer

Chaque personne vit son cancer différemment. Certains patients n’y verront aucun tabou, prendront la vie au jour le jour, tout en attrapant au passage chaque petit fragment d’espoir, de positivité de force. D’autres auront besoin de temps pour digérer, pour mettre des mots sur ce qu’ils vivent, pour pleurer, être triste, en colère. Certains, encore, ressentiront les deux, parfois en une journée. Avoir un cancer, c’est une montagne russe de hauts et de bas et une multitude de sentiments différents.

La plupart du temps, l’entourage ne sait simplement pas comment réagir ou quels mots choisir. La vie ne nous prépare pas vraiment à cela. Il veut bien faire, être réconfortant, apaisant (ou parfois c’est de la bienséance et il n’en a que faire) mais l’effet provoqué est tout l’opposé. 

Oui, évidemment, nous savons que la science fait des miracles. Oui, nous savons aussi que les cheveux repoussent et que beaucoup de femmes sont dans le cas.

Parfois, tout ce dont une personne atteinte d’un cancer du sein (sans oublier les proches, qui sont aussi impactés) a besoin, c’est de savoir que vous êtes là pour elle et que vous l’écoutez lorsqu’elle souhaite se confier.

Si vous êtes un proche, je vous conseille d’ailleurs l’article : « Etre un proche c’est pas dans la poche« . 

Parfois, lorsque j’entends toutes ces remarques, la colère monte, les souvenirs reviennent. La réalité frappe. J’ai envie de leur dire que ce sont des imbéciles. Mais les mots ne sortent pas. Tout simplement parce qu’après un temps, je me rappelle que chacun fait de son mieux.

 

Anonyme

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